Polémique autour du point du mari

rapports sexuels douloureux

La recette pour une sexualité épanouie après épisio ? Une aiguille, un peu de fil, un peu de technique, pas mal d’ignorance et beaucoup de connerie. On laisse cicatriser et hop ! Ah, raté…

Pour ceux qui ignorent tout du « point du mari », cliquez ici. Pour les autres : suite et fin d’un débat qui n’a pas lieu d’être.

Quand ce type de scandale éclate, il y a toujours des voix pour crier au fantasme. Dans le cas présent, des obstétriciens, qui nient en bloc. Ces messieurs soutiennent que pour rien au monde ils ne feraient cela à leurs patientes. Que non ! non ! non ! Ce type de pratique n’existe pas. Ou si rarement qu’il est inutile, voir néfaste, d’en parler. Ah, bah si c’est rare, alors c’est pas grave ! Et pis, c’est vrai, il vaut mieux se taire et laisser faire… Mieux vaut lire ça que d’être aveugle.

Par contre à la lecture de cet article du Monde.fr, on se demande s’il ne vaut pas mieux être aveugle. Le journaliste y rapporte les propos du président du SYNGOF (Syndicat National des Gynécologues-Obstétriciens de France). Ça se passe de tout commentaire :

« La chirurgie est du domaine de l’art, on peut penser que certains médecins ont eu l’idée qu’en modifiant un peu leur façon de suturer, ils amélioreraient un peu la sexualité, et ça, ça ne nous choque pas »,
« On est dans l’absurde, le fantasme, c’est un sujet qui réveille l’excitation », et dont il ne faudrait pas trop parler – conseil d’accoucheur expérimenté – pour ne pas provoquer un peu plus la somatisation vaginale, ou l’expression physique d’un problème psychique, selon lui très fréquente chez les femmes.
« Vous avez aussi des femmes qui sont bien dans la victimologie, qui se retrouvent dans une forme de souffrance parce qu’elles arrivent à susciter l’intérêt », estime-t-il.
« Selon ses recherches, le plus souvent, les douleurs ne viennent pas d’un problème anatomique – la flexibilité du vagin s’adapte au fur et à mesure de la reprise des relations sexuelles – mais sont liées à l’acceptation psychologique de sa vie sexuelle. Une sexualité épanouie, ce « n’est pas un cadeau que la nature donne à tout le monde », conclut-il, citant une vieille chanson de Georges Brassens, La Femme s’emmerde en baisant. »

Pour résumer, selon ce monsieur, il n’y a pas de point du mari. Pas plus qu’il n’y a de mauvaise suture d’épisiotomie. Il n’y a que des femmes qui n’acceptent pas leur sexualité. Frigides, peut-être même ?
Citer Brassens ne l’épargnera pas de l’expression de notre plus profond mépris et de notre plus grande détestation. A bon entendeur…

Des victimes que l’on refuse d’entendre

En bref, pour se dédouaner et défendre l’honneur de leur profession (ou ce qu’il en reste), ces médecins balayent d’un revers de main les témoignages des victimes.

C‘est tellement facile de remettre en cause la parole des ces femmes qui, effectivement, n’ont pas toutes les cartes en main pour obtenir gain de cause. Ce ne sont que des patientes. Non seulement elles n’ont pas vu ce qui se passait entre leurs jambes le jour J, mais elles n’ont que leur ressenti pour étayer leur argumentaire. Pas de savoir médical. Autant dire rien, à leurs yeux de médecins.

Certains médias, comme Libération relayent ce discours en comparant le point du mari à une légende urbaine. On ne les félicite pas pour leur manque de curiosité dans ce dossier. Etrange comme ce journaliste arrive à passer à côté de tous les témoignages des femmes « recousues » de la sorte et des sages-femmes qui ont tout vu. Il suffit pourtant de quelques minutes sur la toile pour les trouver.

Depuis l’an dernier, les langues se délient

Et dans les rangs des sages-femmes, cette fois. C’est Agnès Ledig qui a visiblement été la première à dénoncer cette pratique, dans un texte relayé par Isabelle Alonso (ex Chienne de Garde) sur son blog. Et si Agnès Ledig avoue ne jamais avoir été le témoin direct du fameux point du mari, d’autres on vu de leurs propres yeux ce que certains médecins sont capables de faire. Et parlent. Comme Caroline Reiniche sur le site de l’Obs, qui assiste pour la première fois à ce geste chirurgical 4 mois seulement après son diplôme, en 2008. Ou ces 2 collègues qui répondent aux questions de Elle.fr dans un article que nous recommandons tout particulièrement.

Une pratique misogyne et moyenâgeuse mais aussi CLANDESTINE !

Dans plusieurs articles sur le sujet (exemple), les auteurs ironisent en reprenant les mots d’un médecin adepte de cette technique : « Je vous fais un petit point du mari, Madame ? Pour vous ça ne change rien, mais votre mari sera content ».

Outre le mensonge éhonté que représente cette proposition sur l’absence de conséquence pour la vie sexuelle de Madame, cette formule suggère qu’on a demandé son avis, à la dame en question.
Mal, on est d’accord. Rien à voir avec un réel consentement éclairé de la patiente,
obtenu à distance de toute intervention médicale,
après lui avoir expliqué tout ce qu’elle a besoin de savoir pour prendre une décision mûrement réfléchie,
et suite à une demande de SA part à elle.
Non, rien à voir ; mais on lui a demandé son avis !

Et bien, cerise sur le gâteau, ce n’est pas toujours le cas. Le Monde parle d’ailleurs d’un « geste clandestin » dans son article sur le sujet. Ce que Caroline Reiniche confirme dans son témoignage et à qui nous cédons les mots de la fin, car nous n’en avons pas de meilleurs pour décrire cette horreur :

« Une mutilation, purement et simplement. Un geste non seulement inutile mais néfaste. Un abus de pouvoir médical caractérisé, réalisé en l’absence de tout consentement ou information de la femme concernée, au soi-disant bénéfice d’un conjoint supposé préférer les rapports sexuels avec une femme qui souffre à chaque fois.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.