Les maisons de naissance en France, toute une histoire !

Accouchement en maison de naissance

Accouchement en maison de naissance

Il y a 15 jours, Le Temps des Mamans se félicitait de la toute récente autorisation de 9 maisons de naissances en France. Même s’il n’y est pas pour grand-chose, il faut bien le reconnaître ; mais ça fait toujours du bien de s’auto-congratuler ; et puis ça ne fait de mal à personne. Mais si Le Temps des Mamans se réjouissait de la sorte, c’est que ce n’était pas une petite victoire ! L’histoire des maisons de naissance chez nous est digne de Santa Barbara.

Sainte-Thérèse : pionnière…et dernière !

La maison de naissance parentale de Sainte-Thérèse, qui a ouvert en 1986, était la première, et reste, encore aujourd’hui, la seule VERITABLE maison de naissance jamais créée en France. Véritable en ce sens qu’elle était et demeure le seul équivalent aux maisons de naissances qu’on trouve à l’étranger. C’est à dire un établissement intégralement géré par une sage-femme, sans dépendre d’un établissement hospitalier. Attaquée en justice pour non conformité aux règles sanitaires et sociales, sa fondatrice Mme de Béarn, s’est battue jusqu’au bout pour maintenir l’activité. Mais Sainte-Thérèse a été fermé sur décision de justice en 1999.

Le comble, c’est que dans le même temps, le gouvernement en place commençait à prendre en compte la volonté de plus en plus affichée de certaines femmes à accoucher autrement qu’à l’hôpital.

Montpellier : mort-né

Le climat politique semblait donc propice à de nouvelles tentatives. La maison de naissance de Montpellier, inaugurée en 2001, se voulait d’ailleurs un site pilote en France. Pourtant, le projet a échoué avant même d’être entré en activité. En 2002, la DDASS exige la création d’un bloc opératoire sous 15 jours. Oui, oui, vous lisez bien : un bloc opératoire dans une maison de naissance ! Sans surprise, la maison est revendue en 2003, faute de soutien des pouvoirs publics, et malgré une estimation de 150 à 200 accouchements potentiels par an.

Et encore une fois, en même temps, le Ministre de la Santé en place propose d’évaluer la mise en place des maisons de naissance en France (rapport Bréart). On croit rêver ! Administration, mon Amour, tu me surprendras toujours…

Entre 2003 et 2007, malgré une bonne volonté de façade du côté des autorités, rien n’avance. De Mission périnatalité en Plan périnatalité, les documents de travail s’empilent sans que rien de concret n’émerge. Et quand enfin en 2008 un cahier des charges est proposé pour encadrer l’expérimentation des maisons de naissance, il ne satisfait personne !

De nombreux projets en gestion

Entre temps, d’autres projets tentent leur chance. Le rapport du CIANE (Collectif Inter-associatif Autour de la Naissance) et le site Cœur de famille évoquent l’existence de maisons de naissance restées en veille de longues années (à Nantes, Rennes, Nancy, Annecy, Pau), faute d’avoir un cadre d’exercice clair sur le plan juridique. Certaines étaient prêtes à recevoir les parents, mais attendaient désespérément les autorisations des pouvoirs publics.

Quelques uns sont passés à l’action

D’autres n’ont pas eu cette patience et ont décidé d’ouvrir malgré tout. Mais beaucoup disent que ces lieux usent du terme de « maison de naissance » de manière abusive. Ils sont au moins attenants d’un hôpital, voir situés leur sein, et dépendent de celui-ci. Et ils ne tiennent que par la bonne volonté des chefs de services en place.On peut citer :
la Maison Arc-en-Ciel, à la polyclinique de Bordeaux, qui a accueilli 58 naissances en 2012,
la maison de naissance de l’hôpital de Pontoise, en activité depuis 2006, qui refuse tous les ans 150 demandes d’inscription faute de place.
le CALM, pour « Comme A La Maison », lié à la maternité des Bluets, à Paris.

Le CALM : une histoire emblématique du débat autour des maisons de naissance

L’histoire de la création du CALM est particulièrement emblématique des résistances des pouvoirs publics et des médecins à laisser les sages-femmes exercer de manière indépendante. Et des femmes à choisir leur accouchement.
En effet, si le CALM est en activité depuis plusieurs années, légalement, les accouchements devaient jusque là avoir lieu en salle de naissance …à la maternité ! Eh oui ! C’est encore écrit noir sur blanc sur leur site :

« Dans l’attente des autorisations permettant les naissances dans les locaux du Calm, les sages-femmes libérales du Calm et leurs patientes sont accueillies pour la dernière phase de l’accouchement en salle de naissance des Bluets ».

En bref, accoucher au Calm, ça voulais forcément dire subir un transfert en salle de travail médicalisée ! Ou comment imposer un accouchement médicalisé à des femmes qui ont choisie en conscience d’accoucher naturellement, et qui se sont préparées à ça toute leur grossesse. Non seulement c’était con et pas pratique, mais c’était dangereux pour les femmes et pour leurs bébés ! De là à voir dans cette soi-disant mesure de sécurité une tentative de sabordage de cette maison de naissance pilote en France, il n’y a qu’un pas. Un petit pas.

Evidemment, certaines sages-femmes du Calm avaient trouvé une ruse : si les mamans étaient d’accord, elles laissaient l’accouchement se dérouler normalement jusqu’au bout dans les locaux du Calm, puis elles arrangeaient un peu le timing de l’accouchement dans le compte-rendu pour justifier l’entorse à la règle. Mais elles engageaient leur responsabilité et prenaient là un risque évident : celui de perdre le droit d’exercer leur métier !

La théorie, la pratique, et le gouffre qui les sépare

On pourrait penser que la publication du décret autorisant l’expérimentation des maisons de naissance allait tout changer. Pas si simple. Dans un article de 20 Minutes.fr, Catherine Bernard, membre du collectif Maisons de naissance, rapporte que les porteurs de projets devaient rendre leur dossier 45 jours seulement après la publication du décret ! Et ce en pleine période estivale. Ça limite un peu les candidats ! Surtout après avoir traîner les pieds pendant tant d’années, on comprend mal l’urgence soudaine. Vous dites sabordage ? A ce niveau, on le droit de le penser…

Une victoire tout de même 

Ce décret ne satisfait pas encore ceux qui se battent pour l’ouverture des maisons de naissance. Ces lieux ne seront pas encore des établissements indépendants comme ceux que l’on trouve au Canada, aux Etats-Unis, au Japon ou même dans le reste de l’Europe. Ils restent sous la coupe des gynécologues-obstétriciens.

Mais dorénavant, il ne sera plus nécessaire d’avoir recours à des stratagèmes – du genre appeler la sage-femme au denier moment et rendre ainsi tout transfert impossible, comme on peu lire sur les forums – pour accoucher comme on l’a souhaité. Ni au Calm, ni dans aucune maison de naissance en France. Et ça c’est une vraie victoire, pour les sages-femmes, pour les mamans et pour leurs bébés. Même si ces lieux restent imparfaits et trop peu nombreux, ne perdons pas espoir : ça bouge enfin !!!

3 réactions

  1. Stéphanie

    Bonjour,

    Je suis dépitée à la lecture de votre article. J’avais déjà constaté le conservatisme de la France dans le domaine social et je le vis maintenant sur le plan de l’accouchement.
    Nous sommes enceinte d’un mois et demi. Moi et mon compagnon cherchons un lieu d’accouchement le moins médicalisé possible et dans lequel je puisse être totalement libre de mes mouvements. Le concept des maisons de naissance nous parle vraiment et je trouve beaucoup de ressources au Canada, en Suisse mais très peu en France. Est il seulement possible de prouver une liste exhaustive de toutes les maisons de naissance existants en France?? Y en a t-il vraiment si peu (non merci la maison CALM qui vous promet de vous envoyer au bloc!! Aberrant…)
    Nous pensons aussi à l’accouchement dans l’eau mais j’ai lu que cela reste très difficile à mettre en place. Avez vous plus d’informations?

    Merci beaucoup pour vos retours.

    • Bonjour,
      Et merci pour votre commentaire.
      Je comprends votre découragement. Et vous avez raison de souligner le retard abyssal de la France en matière d’accouchement physiologique par rapport à certains voisins européens ou au Canada, que vous citez. Mais il ne faut pas perdre espoir, les choses bougent enfin !
      Tout d’abord, je souhaiterais faire une petite rectification. Vous écrivez en parlant du CALM : « qui vous promet un transfert au bloc ». Ce n’était pas le cas. Ils étaient obligés, officiellement, de transférer les mamans en salle de naissance médicalisée pour la phase d’expulsion. Pas au bloc ! Celles qui ont connu un transfert de la salle de naissance, si médicalisée soit-elle, vers le bloc opératoire, pour une césarienne en urgence, par exemple, pourront vous dire la différence.
      Par ailleurs, les sages-femmes étaient les premières conscientes de l’aberration que constituait ces transferts obligatoires. Certaines (toutes ? je ne sais pas, mais c’est possible) laissaient donc les choses suivre leur cours, au sein des locaux du CALM, sans transférer personne, si aucun élément médical ne le justifiait.
      Dernière chose, mais pas des moindres : c’est fini !!!!!! Dorénavant, plus besoin de ruser pour accoucher JUSQU’AU BOUT dans la maison de naissance de son choix.

      Pour ce qui est de l’accouchement dans l’eau, c’est effectivement compliqué, mais pas impossible. En maison de naissance, toutes les chambres possèdent une baignoire. Certaines maternités possèdent aussi une salle de naissance avec baignoire.
      Vous parlez du CALM, j’en déduis donc que vous êtes à Paris ou en proche banlieue parisienne. Sachez alors que les Lilas ont une baignoire, ainsi que les Bluets. A notre connaissance, la maternité de La Muette également, mais c’est à vérifier. Et ce ne sont sûrement pas les seuls.
      En pratique, le plus souvent, ces dames pataugent au cours quelques heures mais sortent du bain en cours de travail, et ce pour de multiples raisons : certaines demandent une péridurale, ce qui est incompatible. D’autres souhaitent plus de mobilité que ne le permet la baignoire… Il est possible aussi que certains soignants ne soient pas à l’aise avec une expulsion dans l’eau. Mais en réalité, cela dépend beaucoup plus de la maman, du bénéfice qu’elle tire du bain et de sa capacité à gérer la douleur dans l’eau jusqu’au bout, ou pas. Et bien sûr, il faut que la baignoire soit disponible… Ça peut avoir l’air bête, mais s’il n’y en a qu’une, il peut y avoir la queue.
      Une sage-femme des Lilas m’avait confié que 1% des accouchements avaient lieu dans l’eau chez eux. C’est peu, mais ça prouve que c’est possible.

      Quant à la liste exhaustive des maisons de naissance en France, Le Temps des Mamans n’est pas aujourd’hui en mesure de la fournir, mais c’est promis, on va y travailler !

    • Afin de répondre de manière aussi exhaustive que possible à vos questions, Le Temps des Mamans y a consacré un article. Il vous est donc dédié. Il s’intitule « Réponse à Stéphanie » et sera publié le 17 mars prochain.
      J’espère que les infos qui s’y trouvent vous aideront.
      En tout cas, belle grossesse à tous les 2; puisque vous écrivez « nous sommes enceinte… » 😉

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